Absolu

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Kay, 11 ans

Je grimpai à la suite de mon père sur le chemin accidenté. 
On gravissait la montagne. Quatre jours qu’on marchait, j’étais épuisé. J’avais joué les grands pour l’accompagnait, mais depuis hier l’équipe se moquait de moi parce qu’ils voyaient bien tous que je voulais me reposer. Pourtant, je ne me plaignais pas. Je voulais rendre fier mon père. Cette nouvelle mission était aussi importante que les autres : protéger les populations esseulées.
Papa m’avait prévenu : on se rendait dans une zone non contrôlée. Une zone où il m’avait dit que les patrouilles comme la nôtre n’étaient pas encore entrées. Il y en avait beaucoup trop dans le monde. Maman me racontait souvent cette histoire : longtemps avant, notre monde ne ressemblait pas à celui de maintenant. De grands immeubles recouvraient la terre, des engins à roues circulaient sur des chemins noirs. Les gens avaient des familles, des amis, des loisirs. Ils payaient - je ne saisissais pas bien cette nuance encore -, des objets pour les exposer chez eux, ou même de la nourriture. J’avais demandé à Maman comment ce monde avait pu disparaître. Elle m’avait parlé de guerres mondiales, de terrorisme, de famine, de catastrophe naturelle, d’une troisième guerre. D’une bombe si puissante échangée entre deux pays qu’elle avait tué des milliards de gens. Puis d’une épidémie qui avait décimé la moitié des survivants...
Nous n’étions pas trop calés en histoire parce que plus aucun de nos ancêtres ne vivaient pour la relater et transmettre son savoir. Il s’était écoulé des centaines d’années. Les tours autrefois habitées n’étaient plus que des blocs de ciment effondrés pour la plupart, et inutilisables. Maintenant, quand on passait lors d’une patrouille pas loin de ces restes de civilisation, on pouvait voir de longues racines s’insinuer dans les fissures au niveau des fondations, et du lierre s’y cramponner jusqu’au sommet.  
A force, je ne faisais plus attention à ces paysages. Maintenant, la terre qu’on arpentait verdissait d’herbes folles, grouillait d’insectes, gelait pendant des hivers glaciaux, brûlait au cours des étés torrides. Papa avait pris la suite de ses ancêtres à la tête du village. Notre tribu, les “protecteurs”, se déplaçait en suivant les saisons. En plein froid, on habitait dans des ruines reconstruites, j’y avais ma propre chambre. Et en été, je dormais dans une tente.
Il y avait d’autres tribus de par le continent. Chacune avait son rôle. Celui de notre village était de partir sauver les survivants isolés en danger. A des centaines de kilomètres au Sud, maman m’avait parlé d’un village gouvernait par des femmes adeptes du plaisir. Son ancien village. Au Nord, on pouvait trouver les technologues, les petits génies doués pour réparer ce qui avait existé autrefois. J’avais à la fois envie de découvrir ces autres habitants, et en même temps, j’avais peur de quitter mon village et de ne pas y revenir.
Malgré nos différences, une paix sommaire régnait entre nos castes. Nous arrivions même à marchander, à troquer nos aptitudes. Notre protection contre quelques éoliennes. Nos hommes contre quelques unes de leurs femmes. Nos légumes fraîchement récoltés contre des armes. On ne connaissait pas encore toutes les tribus, mais mon père s’évertuait à dessiner la carte de notre continent. Parfois, il partait de longs mois. Et moi, je guettais son retour.
Aujourd’hui était bien différent : il n’y avait ni carte à établir ni tribus à rencontrer. Aujourd’hui, au fin fond de la montage et de la forêt, dans un hiver qui ne faisait que se prolonger, nous cherchions une famille en danger. Un messager, un des types qui arpentait le monde seul comme un guide pour les êtres perdus, était venu nous avertir : des “affamés” avaient été repérés dans cette zone, et quelques survivants ayant préféré vivre en marge des villages se retrouvaient sans défense à quelques kilomètres à peine. En tant que chef des protecteurs, mon père avait accepté de se charger de cette mission et moi, j’avais accouru. Un jour, viendrait mon tour de prendre les décisions, je voulais être prêt, être comme lui.
Même si j’étais encore un gosse. Croiser un affamé et me faire becqueter me foutaient les jetons.
Nous avions parcouru des kilomètres sans croiser personne avant de capter de la fumée au-delà des arbres. Nous avions suivi le tracé noir s’élevant jusqu’aux nuages, et nous venions d’arriver dans cette clairière au milieu des sapins et des montagnes, mais...
— Il n’y a personne, commenta Bathy après avoir fouillé les campements.
— Il ne sont pas loin. Le feu brûle encore et les marmites fument.
Je regardai mon père s’approcher du foyer, humer les restes. Une grimace déforma ses traits avant qu’il ne balaye d’un regard le camp. Je l’imitai, parce que j’apprenais tout de lui.
Le spectacle que je découvrais peu à peu était désolant. Nous ne vivions pas comme nos ancêtres d’après les récits de Maman, mais au moins, mon clan avait rebâti de solides maisons de pierres et de terres. J’avais un lit pour moi tout seul dans une pièce isolée, avec un feu dans une des pièces principales. Quand l’hiver tombait, nous étions protégés. Nous étions heureux. Nous avions à manger tous les soirs grâce à nos potagers, aux baies, aux petits gibiers qu’on partait chasser soit avec mon père, soit avec ma mère et deux-trois de leurs plus proches amis. 
Ici, rien ne ressemblait à ce que les parents des parents de mes parents avaient construit. Il n’y avait ni toit, ni mur, ni lit sur lesquels s’allonger. 
Mon père s’abaissa pour que son buste soit à même hauteur que le mien. Il posa sa large main sur mon épaule.
— Alors Kay, quelles sont tes conclusions ? Que s’est-il passé ici ?
Comme un chef à son futur général, il attendait mes premières impressions. J’ignorai les regards de Bathy, Mellée et Dario qui auraient pu me rendre nerveux, et inspectai les trois foyers allumés. Les “habitations” alentours, si on pouvait appeler ça comme ça. Les toiles de tentes tenaient à peine sur les piquets plantés dans le sol et volant au vent. Des sacs à dos troués trainaient près de paillasses concoctées à l’aide d’herbes, de feuilles et de boues mélangées. Des restes de fruits, de carcasse d’oiseaux complétaient ce tableau primitif.
— Ils devaient être une petite vingtaine.
Cinq tentes pour quatre. Trois feux au milieu d’un cercle.
— Quelqu’un a fait la cuisine pour les autres. Je pense qu’ils étaient fatigués, affamés.
Je les vis tous tressaillir au dernier mot employé. Ça aussi il fallait faire attention. “Affamés”. Dans notre monde, il ne désignait pas seulement des humains n’ayant pas mangé depuis des jours, mais une espèce à part entière, qui avait choisi de se nourrir de la plus simple des façons… elle ne chassait pas les animaux, très compliqués à dénicher, mais les hommes. 
— Pourquoi sont-ils partis ? Sont-ils loin ? me questionna-t-il de nouveau, m’encourageant à réfléchir.
Comme un aveu à mon impuissance de gamin, je haussai les épaules. Mon père fronça les sourcils. Sa paume s’abattit sur mon dos à la manière d’un soldat rassurant un autre. Il n’était pas en colère contre moi ; il voulait que je me rende utile.
— Fais une ronde, m’ordonna-t-il avant de se relever et de rejoindre sa troupe.
Ce n’était pas parce que j’étais un enfant que je ne servais à rien. Ça faisait déjà quatre ans que j’accompagnais mes parents à la chasse. Deux que j’apprenais à me battre. Un, que mon père m’emmenait avec lui sur de petites missions. Celle-ci étant la plus éloignée de la maison. La plus dangereuse jusqu’à maintenant.
J’obéis à mon père, mon commandant, et m’aventurait à vingt pas de lui, puis trente, puis cinquante... Le “village” avait été installé à découvert. Ce qui était absurde dans cette partie du pays quant on connaissait les populations voisines... Les citoyens de ces zones devaient bien savoir que les affamés rôdaient dans le coin, prêt à sauter à la gorge du premier gibier humain visible…
— Il n’y a pas le moindre potager à proximité, c’est étrange… nota Bathy à voix haute pour nos compagnons.
Je n’entendis pas la suite parce que, curieux - c’était une qualité pour devenir chef, me répétait mon père. Ça et la loyauté, l’impartialité, le courage, l’ambition, l’abn..abdnéga… je ne savais plus. Un truc comme le don de soi, le sens du sacrifice pour sa famille et les autres... Je répétais les mots avec lui, j’écoutais ses définitions chaque fois qu’il le fallait mais celui-ci m’échappait encore. Bref. J’entendis pas parce que j’étais déjà parti, un bâton ramassé à l’orée des arbres, à la main. 
— Kay, ne t’éloigne pas trop ! me cria la voix de mon père à cent mètres.
— Ouais je sais, P’pa.
Le chemin que je suivais s’enfonçait dans la forêt. Je savais que mon père gardait un oeil sur moi, qu’il allait me suivre si j’allais trop loin. Je ne craignais rien. 
Un silence bizarre régnait dans les bois. Je n’entendis aucun craquement, aucune pie, aucun moineau. Ces gens-là avaient-ils mangé tout ce qui avait un coeur qui battait dans les environs ? Cette idée ne pouvait pas être plus vrai de la réalité sur laquelle je tombais, derrière un tronc plus épais que les autres. Lorsque je le contournais, mon estomac se retourna et je plaquai ma paume sur mon nez et ma bouche pour m’empêcher de respirer ou de vomir. 
Je ne fermai pas les yeux pourtant j’étais sur que ce soir, dans mon lit, l’image s'incrusterait sous ma paupière. Il y avait… du  sang. Du sang partout.
Du sang au niveau de la gorge exposée.
Du sang au niveau du ventre ouvert.
Du sang au niveau du mollet arraché.
Du sang de ce corps au regard vitreux, figé pour toujours. De cette femme endormie...
— Papa ! criai-je quand la dangerosité de la situation m’explosa à la figure.
Dans mon dos, les pas de mon père et nos compagnons commencèrent à craquer dans le sous bois. J’avançai. Un pied après l’autre, je suivis la trainée rouge semblant m’indiquer le chemin. Vers quoi ? L’odeur métallique me chauffait les narines. Je remontais mon écharpe sur mon nez comme si elle pouvait filtrer, les relents de mort qui traversait l’air froid. Je ralentis en découvrant les restes d’un autre cadavre dans un buisson. Puis un autre, deux pas plus loin. 
Les battements de mon coeur se mirent à paniquer alors que j’essayai de repenser aux enseignements de ma mère. Respirer. Ralentir mon pouls. M’imaginer dans un bunker, là où personne ne me trouverait jamais…
Je gravis un tas de caillou et me figeai. De part et d’autre de moi, quatre paires de pas m’imitèrent. Comme une seule entité, les hommes et femme de mon père retinrent leur souffle.
— Oh bon sang…
C’était tout un clan ou une famille que nous avions couché à nos pieds. Sept personnes. Deux femmes si on comptait la première. Un homme. Des enfants. Des ados. 
Tous éventrés. 
Tous “endormis”.
Et au milieu de ce spectacle sanguinolent : un garçon debout, pleurant la tête baissée attendait. 
Je ne bougeai pas de ma place tandis que Mellée accourait vers lui que Dario et Bathy avançaient prudemment, que mon père me rassura d’une pression à l’épaule, avant de me dir de rester où j’étais et de rejoindre la femme du groupe.
Je les observai de loin. Mellée s’accroupit devant le garçon, lui parla d’une voix douce, d’une voix de maman. Bathy et Dario enjambèrent les cadavres, zyeutant dans les fourrés, derrière les arbres, savoir s’il restait un autre survivant. Je les vis même prendre le pouls de deux des corps allongés. Ils secouèrent la tête, le regard désolé. Papa demeura debout, stoïque, comme le chef de bande qu’il représentait. Ses hommes revinrent à ses côtés.
— Ils sont tous morts, rapporta Bathy.
Comme si on pouvait douter.
Je tremblai sur place, les yeux rivés au garçon. Il était plus petit que moi en taille. Ses cheveux avaient la couleur des plumes du corbeau. Ses yeux ? Sa tête baissée me les cachait. Sa peau ? Elle ruisselait de rouge et de terre. Il ne devait pas avoir mangé depuis des jours. Il portait une tunique trop grande pour lui, un treillis écorché au genou, des chaussures de marche à la semelle crottée.
Mellée lui parlait et il restait silencieux. Il ne la regardait même pas. Mais, elle en avait vu d’autres. Elle était maman de trois enfants : elle possédait plus de patience que n’importe qui au camp. Même plus que ma mère ! 
Le petit garçon ne releva pas la tête vers elle. Il releva la tête vers moi. Je pus enfin voir la couleur de son regard. La même que celle des troncs des sapins de cette forêt. 
Je ne devais pas donner une image très héroïque, ou très courageuse, pourtant il ne détourna pas une seule fois le regard, il ne cligna pas une seule fois des paupières. 
Qu’il s’accroche à moi comme ça me donna un coup de fouet. Je retirai mon écharpe de mes épaules et marchai d’un pas prudent dans sa direction. Devant mon père et son unité, je lui passai la laine autour du cou. 
Il est si petit et si maigre, pensai-je en me reculant d’un pas pour ne pas empiéter sur son territoire. A côté de moi, comme si mon geste le rappelait à la raison, Dario retira son blouson et le posa sur ses épaules à son tour. Le garçon ne broncha pas. Le seul mouvement qu’il fit, fut de plonger le nez dans mon écharpe, d’y respirer...
Le soldat se baissa ensuite à son niveau, rejoignant Mellée près du sol.
— Que s’est-il passé ? voulut savoir Dario.
Pas un mouvement.
Si mon père me demandait à ce moment-là ce qui avait dû se passer, j’aurais pu lui répondre : cette famille - j’optai pour une famille vu la couleur de cheveux identiques des enfants - avait été attaquée par une horde d’affamés. Pourquoi lui était vivant, restait un mystère...
— Tu comprends notre langue ? s’informa Mellée.
Rien cette fois encore.
En plus d’inspirer la laine qui avait été autour de mon cou, le petit garçon ne me quittait pas des yeux. Le rassurai-je parce que j’étais un enfant comme lui ?
— Est-ce que tu peux marcher ?
— Kay… essaie de lui parler, me commanda mon père.
Les adultes baissés se relevèrent et reculèrent nous laissant, lui et moi, de l’espace. Je me raclai la gorge, essayant d’éviter à tout prix de poser mes yeux sur un des corps à proximité. Je ne m’occupais plus que de lui. De ses deux billes en chocolat sous son épaisse tignasse noire. Pas du sang recouvrant ses traits.
— Tu as mal quelque part ?
Il quitta le cocon que devait représenter mon écharpe sur lui pour s’inspecter de bas en haut. Il tendit ses mains devant lui, roula et déroula ses chevilles, secoua les jambes, mais n’ouvrit pas la bouche.
— Tu comprends ce que je dis ?
Ses yeux de nouveau accrochés aux miens, il acquiesça.
— Tu as vu ce qu’il s’est passé ?
Perdant son calme, comme si cette question le ramenait en arrière au moment de l’attaque, il secoua la tête avec vigueur, porta ses mains au visage, frotta ses poignets à ses yeux remplis de larmes. L’eau coula sur ses joues, traça des sillons blancs sur ses joues maculés de rouge. Je portais les mains à hauteur de sa tête, prêt à le toucher mais hésitai. Et s’il se mettait à hurler ? Et si je lui faisais mal quelque part ? Je rabaissai les bras.
— On va t’emmener, d’accord ?
Je cherchais l’approbation derrière moi auprès de mon père et Mellée qui confirmèrent mes propos d’un signe coordonné et positif du menton.
— Tu peux marcher ou Bathy doit te porter ?
Je lui désignai le grand gaillard à la peau presque aussi brune que ses yeux. Des trois hommes, Bathy était le plus costaud, et le plus endurant, il parviendrait à se déplacer avec un enfant d’à peine vingt kilos sur les bras. Me prouvant que j’avais raison, le soldat vint s’accroupir à son tour. Le petit garçon le jaugea d’un oeil, le nez de nouveau plongé dans mon écharpe. 
— Je ne te ferai aucun mal, gamin, l’informa l’homme de cent-dix kilos.
Je connaissais son poids parce que je lui avais demandé un jour. Bathy était intelligent, il parvenait à convertir le poids des objets, à s’orienter sans boussole, à comprendre d’autres dialectes. Je lui avais dit que je voulais être aussi grand, aussi futé et aussi fort que lui. Bathy m’avait alors répondu qu’il allait me falloir en tuer des lapins, ou en gober des oeufs pour lui ressembler ! Je devrais aussi faire beaucoup de sport. Mais j’aimais ça alors ce n’était pas si grave. Je voulais être comme Bathy !
Sans que je ne sache comment, vu que je m’étais perdu dans mes pensées, le garçon grimpa sur le dos du soldat.
— T’es bien accroché petit ?
Puis je remarquai la barre de céréales que préparait ma mère dans la main du garçon. Voilà comment Bathy s’y était pris.
Une autre barre se matérialisa sous mon nez. Papa.
— Tu en veux pour le chemin du retour ? me demanda-t-il.
Je le remerçiai et pris la nourriture. Quand je croisai le regard de l’autre gamin du groupe, en train de manger, je lui souris et enfournai une première bouchée. Contre toute attente, il me rendit mon sourire et dévora la fin de son encas. Ensuite, il posa la joue contre l’omoplate de Bathy. On aurait dit qu’il était prêt à dormir, sauf qu’il ne me lâchait toujours pas des yeux.
— On a six jours de marches, ça va aller ? s’inquiéta Dario auprès de son frère d’arme.
Mellée et lui passèrent une sangle autour de la taille de Bathy, sous les fesses du notre nouveau protégé.
— Il ne pèse rien, répondit l’homme aussi fort qu’une montagne. Ce gosse a la peau sur les os.
— Il faudra lui trouver à manger sur la route, ajouta mon père. Les céréales ne combleront pas ses carences.
J’écoutais d’une oreille distante la conversation. L’écharpe avait un peu glissé de son cou, alors je la lui replaçai comme il fallait, sous sa tête pour que ce soit plus confortable. Avant de le laisser au soin de Bathy, je ne pus m’empêcher de tenter une dernière approche :
— Je m’appelle Kay. Et toi ?
Le petit garçon ne me répondit pas. Est-ce que je lui parlais méchamment ? Je baissai la tête dépité de ne pas réussir à lui tirer les vers du nez. Mais comme s’il percevait ma tristesse, sa main s'agrippa à la mienne.
Il marmonna quelque chose, - son prénom peut-être - mais je ne compris pas. Trois pas plus tard, j’avais récupéré ma main : il dormait déjà.

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